Graphopédagogue ? Quelle différence avec un graphothérapeute ? Quelle différence existe-t-il entre ce que vous faites et ce qui est fait au cours d’une graphothérapie ? Voici des questions qui reviennent souvent au cabinet ou à l’occasion de la prise de rendez-vous.

Pas évident effectivement de s’y retrouver quand on est un parent un peu désarmé, à la recherche d’une solution aux soucis d’écriture de ses enfants. D’autant plus, quand à l’école, on vous parle de professions dont vous n’aviez jamais entendu parler, avant bien-sûr d’être vous-mêmes confrontés à ces questions.

La plupart des graphothérapeutes sont graphologues de formation, c’est-à-dire qu’ils sont susceptibles d’analyser une écriture pour décrypter certains traits de la personnalité de celui qui écrit. Mais cette profession n’est pas réglementée et il existe donc des écoles et des approches très différentes. A l’origine, le graphothérapeute accordait beaucoup d’importance à la psychologie et à la personnalité de la personne. Il propose parfois une thérapie, ce qui le positionne alors dans le domaine paramédical.

Face aux difficultés croissantes rencontrées dans l’apprentissage de l’écriture et devant les besoins qui en découlent, les graphothérapeutes se sont peu à peu tournés vers la rééducation de l’écriture. Ils proposent ainsi un bilan graphomoteur comme préalable à toute prise en charge. La rééducation commence ensuite au deuxième rendez-vous. Les élèves sont alors suivis chaque semaine et l’essentiel du travail se fait au cabinet.

Le graphopédagogue ou rééducateur en écriture a une approche plus tournée vers l’enseignement. Il travaille spécifiquement le geste d’écriture. Il s’adresse aussi bien aux élèves ayant uniquement des troubles de l’écriture comme à ceux qui présentent des troubles parfois liés au champ du handicap (dyspraxique, TDAH, TSA…), et ce, quel que soit leur âge. Mais le rééducateur n’est pas un thérapeute : il ne fait pas de bilan graphomoteur et il ne fait pas d’analyse graphologique en lien avec la psychologie du patient. Il n’a d’ailleurs pas de patient, mais des élèves. La graphopédagogie est de plus en plus connue en France. Elle est déjà pratiquée depuis longtemps au Canada, pays où les recherches en pédagogie ont toujours été mises à l’honneur.

En France, la graphopédagogie acquiert peu à peu ses lettres de noblesse grâce à l’Association 5E – Enseignement de l’Écriture pour Élèves, Étudiants et Enseignants. Fondée en 2013, notre association  a pour objet de diffuser le plus largement possible les connaissances sur l’écriture manuscrite, son enseignement initial et sa rééducation. Les graphopédagogues 5E s’intéressent à l’écriture dans son ensemble, sans jamais séparer la composante motrice (le geste) de la composante symbolique (le son) et de la composante sémantique (le sens).

Au cours de la première séance, les graphopédagogues 5E observent l’écriture de l’élève, sa tenue de crayon, le mouvement des doigts, le déplacement du poignet et ils commencent immédiatement la rééducation à partir de petits exercices ludiques. Ils devront ensuite être refaits à la maison. C’est cet entrainement régulier, quasi quotidien, qui permet l’automatisation du geste de l’écriture.

La méthode mise au point par les graphopédagogues de l’Association 5E s’est nourrie de plusieurs apports. Des apports théoriques d’abord, comme ceux de Julian de Ajuriaguerra, neuropsychiatre spécialiste de la psychiatrie de l’enfant, qui est à l’origine d’une échelle devenue l’outil de référence pour évaluer la dysgraphie. Mais également les travaux de Danièle Dumont, docteur en sciences du langage qui a conçu une modélisation de l’apprentissage de l’écriture, explicitée dans « Le geste d’écriture »  publié aux éditions Hatier. Les tests de Marguerite Auzias nous permettent aussi de déterminer la latéralité graphique. Quant à l’influence des réflexes primordiaux ou archaïques dans le processus d’apprentissage, notamment de l’écriture, elle a été mis en évidence par les travaux et les recherches de Paul Landon et de Bénédicte Cazals.

Enfin, l’expérience et les échanges entre les membres de l’Association 5E permettent de continuer à enrichir nos pratiques au quotidien, toujours au service de la réussite de nos élèves.